Pour vivre une expérience surréaliste inutile de gravir l'Anapurna sans oxygène ou de traverser le Pacifique à la rame, il suffit de se rendre au Courrier International Argentin pour y retirer un colis. J'ai eu l'occasion de vivre cette semaine cette aventure que je conseille à tous ceux qui aimeraient se retrouver plus armés pour affronter nos administrations françaises. Cela permet réellement de prendre un certain recul...
Le charmant lieu de villégiature (ben oui, préparez-vous à y passer un certain temps) se trouve au fin fond des docks dans un coin où je n'aimerais pas me retrouver seule la nuit, et le tout est installé dans un bâtiment donnant autant l'envie d'être visité que le quartier prisonniers dangereux de la prison de midnight express.
Une bonne heure et demi plus tard on a alors le privilège d'être appelé au guichet. On sent venir le soulagement et on attend de voir apparaître le fameux colis derrière la vitre. Mais que nenni, cette première étape a pour but de vous faire payer les droits de garde du colis, proportionnels au nombre de jours qu'il vous a fallu pour trouver la motivation suffisante à venir le chercher.
C'est alors à ce moment qu'on a le droit de passer dans la deuxième salle, la plus grande, celle où en entrant on comprend qu'on ne bouclera pas l'affaire en moins d'une demi journée. Cette impression est d'ailleurs renforcée par la présence du marchand de boissons chaudes et de victuailles à l'autre bout de la salle, histoire que les débutants qui se sont laissés surprendre ne tombent pas en hypoglycémie pendant l'attente. Histoire également de pouvoir se réchauffer autour d'un café car la salle doit avoir une température avoisinant les 14° avec la clim (inutile de rappeler qu'avec les 31° de l'extérieur on n'arrive pas spécialement équipé pour affronter ce froid).
On arrive dans cette salle muni d'un coupon correspondant au colis. Et c'est là que les choses se gâtent, car oui jusqu'à présent c'était juste un échauffement! Pour affronter la suite mieux vaut être en bonne santé psychologique, ne pas être sourd, et maîtriser parfaitement la numérotation en espagnol: Un préposé dopé au guronzant formule survitaminée scande les numéros de coupons les uns après les autres au rythme de trois fois la vitesse de la lumière, dans un système audio micro/haut-parleurs dont la technologie doit correspondre à peu près à ce qui se faisait au début du siècle. Une seconde d'inattention et l'erreur peut être fatale!
Une fois son numéro de colis appelé, 2h30 plus tard, la pression tombe un peu mais le mal de tête pointe son nez après cet effort de concentration extrême. On se dirige alors vers une troisième salle, dans laquelle l'impression d'avoir atterri tout droit chez les lutins du père-noël est saisissante. Des facteurs s'affairent tels de petites fourmis le long d'un tapis roulant où circulent tout un tas de colis. Une fois que l'on se trouve au niveau du tapis après une troisième attente, l'un d'eux prend un colis de passage et vous le tend, alléluia!
Une sacré expérience...